L’avenir algorithmique de l’éducation – HackEducation

Audrey Watters pour l’excellent Hack Education revient dans un long billet (issu d’une de ses présentations publiques) sur le bilan des évolutions des technologies de l’éducation.

Dans les technologies éducatives, trois tendances sont à l’oeuvre : l’austérité, l’automatisation et les algorithmes.

L’austérité. La technologie dans l’éducation doit d’abord répondre à des objectifs administratifs. De partout on demande aux écoles d’être plus efficaces avec moins de ressources. D’instrument subversif, transformationnel, l’ordinateur est devenu un instrument de contrôle et de normalisation Qu’importe si cette austérité amène avec elle des pratiques non optimales, injustes et peu équitables.

A l’époque de l’essor des Moocs (2012), les technologies de l’éducation promettaient de nouvelles machines à enseigner. L’enjeu était de faire avec l’enseignement ce que Google réalise avec la conduite : recueillir d’immenses quantités de données sur les étudiants pour obtenir un meilleur modèle de l’éducation et proposer une rétroaction personnalisée à chacun. Telle est la promesse de l’apprentissage adaptatif, de l’automatisation et des algorithmes. Pour Watters, cette promesse est un peu survendue : ces systèmes basés sur des théories des années 50 et des QCM ne sont pas très évolués. Et la spécialiste d’étriller les affirmations du PDG de Knewton, un outil d’apprentissage personnalisé : rien ne permet d’affirmer que Knewton fonctionne réellement. Face aux sociétés commerciales des technologies de l’éducation, où sont les évaluations indépendantes et scientifiques permettant de mesurer la pertinence des outils qu’ils proposent ? Les rares données proviennent des communications de ces sociétés elles-mêmes. Cela n’a pas empêché Knewton de ramasser de nombreux investissements et de conclure des partenariats avec de grands éditeurs scolaires en ayant recours au “couple de croyance populaire : 1) que le logiciel pédagogique peut “s’adapter" à chaque élève
et 2) qu’il est une chose souhaitable.” Or le robot-tuteur est un vieux mythe des technologies éducatives, rappelle Watters, en en dressant l’histoire et en soulignant que le précepteur privé en est resté sa meilleure incarnation. Malgré qu’il n’ait pas vraiment démontré ses effets, même auprès de l’élite, il est trop coûteux pour l’éducation publique.

Pour Watters, la plupart des projets de robot-tuteur ont une vision très hiérarchique de l’apprentissage, ce qui est plutôt en contradiction avec les recherches en sciences de l’éducation. Pire, glisse-t-elle encore : ces visions posent des questions sur la façon dont on considère le fait même d’enseigner, comme quelque chose de machinique.

Or, depuis 30 ans, il n’y a pas vraiment eut de percée dans le domaine… rappelle l’iconoclaste Audre Watters en citant les études du chercheur en éducation du MIT Justin Reich, pour qui ces méthodes ne sont ni efficaces ni fiables pour améliorer l’apprentissage. Ce que savent le mieux évaluer les systèmes pédagogiques assistés par l’ordinateur, demeure les comptétences informatiques des élèves. 

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Mais visiblement nous aimons le storytelling du robot-tuteur, puisque nous le répétons à l’envie, malgré ses échecs. Comme l’expliquait déjà Seymour Papert dans les années 80, l’ordinateur a surtout été utilisé pour reproduire des pratiques éducatives existantes. Pour Papert, l’enjeu est plus de permettre à l’enfant de programmer l’ordinateur, c’est-à-dire qu’il puisse construire ses propres connaissances avec l’ordinateur. Mais nous en sommes encore loin.

Pour Watters la réponse réside peut-être dans l’ouverture, dans la transparence des technologies éducatives. Si leur objet est des enjeux administratifs, alors faisons de manière à ce qu’ils soient plus clairs. Si leurs enjeux est d’améliorer le taux d’obtenition des diplômes ou la fréquentation des plateformes (”l’engagement”), alors que ce soit clairement dit.

“Les algorithmes circonscrivent notre existence tout en nous donnant l’apparence du choix, l’aspect de la personnalisation. Netflix pense que vous aimerez la nouvelle série
Daredevil, par exemple, sur la base du fait que vous avez regardé Thor
une demi-douzaine de fois. Mais il ne pourra pas vous suggérer d’aller voir une série de dessins animés de DC comics car il ne dispose pas de la licence pour les diffuser.” Par cet exemple Audrey Watters nous invite à nous interroger sur les limites des technologies de l’éducation et de leur objets. Forcément iconoclaste. A lire.

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