Recherche : hubert guillaud 756 résultats

Le micropaiement : stade ultime du capitalisme ?

L’internet est-il vraiment en train de façonner une nouvelle économie des biens immatériels dont l’un des principes essentiel serait de court-circuiter les anciens intermédiaires pour s’en passer ou les remplacer par d’autres ? Et si les modalités de l’échange marchand étaient en train d’évoluer de manière radicale en « fractalisant » différemment l’économie, la notion d’échange, le capitalisme ? Et si l’internet n’était pas un nouveau supermarché, mais bien plutôt un réseau de micro marchés individuels dont les acteurs seraient non seulement les producteurs de bien culturels (artistes, rédacteurs…) renégociant leur rapport à la distribution, mais aussi l’internaute lui-même, au travers de sa culture et de ce qu’il entend faire désormais de ce qu’il a acquis, ingurgité, dans son monde lui… Le micropaiement, qui se développe lentement mais (semble-t-il) sûrement serait alors le signe d’un changement profond, qui placerait au centre l’atomisation des échanges marchands et le développement des échanges entre consommateurs (le Consumer to Consumer opposer au Business to Business ou au Business to Consumer). La très lente progression du micropaiement et des notions qui lui sont liées (comme la réputation ou la recommandation, notions essentielles dans ces modèles d’échanges directs) marque-t-elle donc un changement culturel allant de pair avec la mise en place d’une nouvelle façon d’organiser les échanges immatériels ?

Ou bien, au contraire, le micropaiement n’est-il qu’un outil destiné à rendre possible ou simplifier les flux financiers de personnes à personnes sur les produits dématérialisés, supposés coûter moins cher que dans le commerce physique ? Il s’agirait alors d’une méthode commerciale parmi d’autres, adaptée à la forme de l’outil internet pour faire du commerce à l’unité. Le micropaiement, outil ultime du capitalisme, marque alors sa massification en devenant enfin accessible à tous : tout pouvant être vendu et acheté par tous à la manière des offres fantaisistes (ou carrément inquiétantes) que l’on trouve régulièrement sur eBay.

En fait, l’économie de l’internet, que les uns présentent comme fondamentalement non marchande dans ses origines et les autres comme ultra-libérale, est bel et bien les deux la fois, à savoir le plus souvent espace d’échange entre les personnes, mais aussi donc espace de recyclage, pourquoi pas marchand, des valeurs dormantes, des niches de choses à valeur affective, personnelle, communautaire. Autrement dit, l’économie de l’internet tiendrait-elle plutôt d’une économie atomique, une économie d’émergence de valeurs dans un environnement massif que d’une économie mécanique, de valeurs décrétées à reproduire en grand nombre ?

Pourquoi est-ce que le micropaiement n’a jamais décollé ? Décollera-t-il vraiment un jour ? Est-ce d’ailleurs sous une forme monétaire qu’il prendra vraiment son envol – à moins qu’il ne le prenne sous la forme plus évanescente de la recommandation et de la réputation (« le réseautage ») qui permettra demain à un blogueur de devenir éditorialiste dans un grand journal, à un troqueur de devenir commercial dans une multinationale comme un inconnu devient aujourd’hui chanteur ?…

Le micropaiement demeure pourtant toujours aussi fascinant. Peut-être parce que dans notre monde d’aujourd’hui, il reste préhensible, à taille humaine. C’est un mode d’échange qui porte en lui la confiance (ou ne la nécessite pas vraiment, ce qui revient au même) au moins parce qu’il est dénué d’enjeu personnel puisque les sommes sur lesquelles il porte sont minuscules. Pour autant, les exemples qui nous clament qu’il fonctionne sont toujours nombreux et en même temps, ils restent terriblement uniques. Peut-être parce qu’il manque encore un maillon la chaîne ? Une nouvelle forme de marketing, de nouveaux intermédiaires ou de nouveaux outils jouant ce rôle ? A moins que plus fondamentalement, il faille attendre encore l’assimilation de nouvelles habitudes, de nouvelles mentalités pour voir s’amplifier ces pratiques d’échanges directs.

Frank Beau et Hubert Guillaud

Le tchat a-t-il de l’avenir ?

Auriez vous cru en lançant votre premier message instantané sur l’internet que ce petit outil malcommode et envahissant – avec ses fenêtres dans tous les sens – deviendrait un jour une application phare de l’internet ? Certainement pas, même si l’instantanéité de l’outil a eu dès l’origine un côté convainquant et fascinant.

Ce sont les adolescents qui ont, les premiers, fait le succès de la messagerie instantanée, d’abord via les salons de discussions ensuite en « individualisant » les relations au sein de leur cercle d’amis. Après avoir envahi l’univers familial et amical (couplée à l’indétrônable webcam), la messagerie instantanée a permi à des millions de personnes de se voir, de s’écrire et de se parler à distance avec une immédiateté qui semblait les rapprocher. Aujourd’hui, c’est dans le monde professionnel que l’utilisation de ces petits logiciels explose, entre collègues distants, mais plus encore entre voisins de bureaux ou entre partenaires de projets. On insiste volontiers sur les inconvénients de la messagerie instantanée, son caractère envahissant ou sa propension à favoriser la surveillance distante. Mais, dès lors que l’on sait en réguler l’usage, il y a aussi une légèreté, une fluidité de l’échange qui apporte beaucoup à la communication au sein de groupes (amicaux ou professionnels). L’échange est synchrone, immédiat, court : c’est-à-dire qu’il vous rend disponible immédiatement du moment où vous êtes connectés. La fenêtre du logiciel n’empiète pas trop sur celles des logiciels sur lesquels on travaille ; on n’a pas besoin d’utiliser un autre appareil (comme le téléphone) ; et la messagerie fournit également un indicateur de présence et de disponibilité qui traduit en permanence la vie de la communauté et de ses membres.

La totale spontanéité offerte par la MI (messagerie instantanée) explique en grande partie l’engouement qu’elle suscite. Pour les échanges rapides entre personnes connectées, l’outil surpasse de loin le téléphone ou le courrier électronique. Moyen de communication privilégié, qui fait apparaître les êtres humains qui composent notre réseau sur notre écran, il semble réservé pour l’instant aux cercles de nos proches, à gérer l’unipersonnel plutôt que le flux. Comme la plupart des outils de communication, il renforce et augmente le nombre de communications qui nous lient aux gens avec lesquels on communique le plus.

Mais cela pourrait changer. En devenant un outil de communication parmi d’autres, la MI semble bien vouloir quitter les berges de la connivence pour traiter le flux, la masse, le nombre. De plus en plus, elle devient un outil de communication entre l’entreprise, ses employés, ses clients et ses fournisseurs, le site et ses visiteurs, l’administration et ses administrés, soi et le monde… Un peu comme le numéro de son téléphone mobile ou son adresse e-mail, au départ réservés à quelques êtres chers, se sont, petit à petit, mis à conquérir le vaste monde.

Outil expressément moderne, il nécessite plus encore qu’avec les forums et l’e-mail de discipliner sa présence, sa disponibilité et son utilisation – ce qui, on le sait, est toujours le plus difficile dans l’appréhension des outils. En faisant vivre concrètement la connexion permanente, la MI peut transformer la disponibilité en un terrible fardeau. Et il n’y a qu’un pas, pour certains, pour voir dans la MI notre futur virtuel : une oreille ouverte en permanence aux pulsations du monde extérieur, une poubelle où se déverserait tous les bruits du monde, c’est selon.

Bien sûr, on peut croire – comme le dessine notre dossier – que les robots seront une solution efficace pour appréhender ces flux. Demain, sur des interfaces de tchat, des robots automatisés bavarderont avec nous et répondront peut-être enfin à nos questions… avant de répondre aux questions de nos propres robots qu’on enverra parcourir les milliards d’interfaces de tchat pour tenter de nous ramener ce saint Graal : l’information qu’on leur aura demandé. A moins que cela ne se termine, un peu comme l’e-mail aujourd’hui : en eau de boudin ! A devoir trier les bons messages entre des centaines de spams et de virus attachés en pièces jointes…

Mais comme ça paraît étrange et paradoxal, vu d’ici, cet avenir où la MI ne se connecte plus qu’à des machines alors qu’il est pour l’instant l’un des rares outils derrière lequel l’humain semble plus présent, toujours prêt à nous étonner au détour d’une nouvelle intervention.

Hubert Guillaud

Just post it

Qu’est-ce qu’un blogue ? Que sont ces drôles d’outils qui permettent de publier ses humeurs aussi simplement que d’envoyer un mail ? Comment s’aggrandit cette communauté d’utilisateurs ? Quels types d’outils utilise-t-elle pour quels types d’usages ? Voici quelques-unes des questions que nous avons essayé de nous poser en préparant ce dossier.

Lettre 100

La lettre de la Fondation internet nouvelle génération est heureuse de vous présenter son 100e numéro. A cette occasion, nous tenions à faire petit inventaire à la Prévert de vidéos, d’images, de phrases, d’études, d’expérimentations qui nous font croire que les nouveaux usages d’internet ne font que commencer. A voir (…)